Le choix d'un condo par Daniel Germain du Journal Les Affaires

 

 

Cette semaine Daniel Germain du Journal Les Affaires a publié un article sur le choix d'un condo. Il nous explique pourquoi ce choix est de plus en plus difficile à faire.


http://www.lesaffaires.com/blogues/daniel-germain/pourquoi-le-choix-dun-condo-est-plus-delicat-que-jamais/587634

Pourquoi le choix d'un condo est plus délicat que jamais

 

 

Ils sont beaux, ils s’aiment, ils sont heureux. Surtout, ils sont branchés. Vous avez déjà vu ces panneaux où l’on voit cette jolie femme dans la vingtaine, avec un chapeau de paille, une bicyclette et des fleurs. Elle sourit comme ça ne se peut pas. Son mec, non moins beau et dans le vent, s’apprête à décoller vers le 7e ciel.

 

Ne cherchez plus le paradis, je l’ai trouvé. Il se trouve dans un condo neuf rue De Lorimier avec une vue imprenable sur une station-service! Salut les bobos!

 

La publicité pour les petits projets de condo de quartier me fait sourire. L’immobilier est discrètement présenté en arrière-plan sur les affiches. Ce qui nous saute aux yeux d’abord, ce sont ces jeunes gens qui pataugent dans le bonheur et la «coolitude». Mais n’y trempe pas son orteil qui veut: 200 000 dollars pour une copropriété de 700 pieds carrés avec une chambre, plus taxes (et plus les frais de condo éventuellement, mais ce n’est pas écrit). Pour vivre à deux dans cet espace, il faut plus que le salaire minimum. Ça prend aussi beaucoup d’amour. Mais les jeunes professionnels, la clientèle cible, en ont de l’argent. Et de l’amour à revendre. Non?

 

Oui, mais un conseil, n’en abusez quand même pas. Ça pourrait faire des bébés. Et une bassinette dans la chambre à coucher des parents, c’est moins cool.

 

Je dis ça, car ce serait malheureux si vous deviez quitter votre condo trop vite. Vous avez vu les statistiques publiées par JLR cette semaine? Le marché du condo n’est pas des plus dynamiques. Je dirais même un peu déprimé. Ce n’est pas que les prix baissent tant que ça, non. Mais ils ne montent pas. Tout juste l’inflation. Et ça pourrait durer un bon moment.

 

Dans les circonstances, un achat transitoire est une pure perte d’argent. Pensez-y. Vous aurez payé des frais de notaire, des frais de copropriété, les frais de mutation immobilière (la taxe de bienvenue) et quelques dépenses d’amélioration. Toutes ces dépenses s’amortissent à long terme. Mais si on doit vendre rapidement, c’est de l’argent jeté par les fenêtres. À cela, vous devrez sans doute ajouter des frais de courtage et peut-être une pénalité hypothécaire. Et la facture dans ce cas peut être salée. Quand les prix de l’immobilier montent de 6-7% par année, la note est plus facile à avaler. Mais quand ça stagne, la bouchée passe de travers.

 

«Ça ou un appartement tout croche loué 1250$ par mois à un propriétaire antipathique», demanderez-vous? Bonne question. La réponse: si vous achetez un premier logement, choisissez quelque chose qui pourra satisfaire longtemps vos besoins. Vous ne vous tromperez pas.

 

Est-ce que le condo est assez grand pour réaliser vos projets. Si vous planifiez la venue d’un enfant, ce ne serait pas très avisé d’acheter une copropriété qui n’a qu’une chambre dans le but de déménager dans deux ans.

 

Est-ce que le voisinage vous plaît? Vraiment? Si vous faites un compromis en vous bouchant le nez dans le seul but de devenir propriétaire, vous pourriez être tenté de fuir le quartier dans 36 mois et de faire un gros cadeau à des agents immobiliers.

 

Est-ce que le condo est de qualité? La qualité de construction dans l’industrie s'est améliorée, mais demeure très variable. Il n’y rien de pire qu’avoir le sentiment de vivre dans un logement cheap pour lequel on est hypothéqué pour 25 ans. Vous courez alors le risque de vouloir rapidement faire un saut de gamme, mais l’opération vous fera perdre de l’argent et bonne chance pour trouver preneur pour votre logement en carton entouré de voisins bruyants.

 

L’avantage avec les logements usagés est qu’on peut voir ce qu’on achète. Il y a moins de risques que vous ayez de mauvaises surprises. Les dimensions sont telles que vous les avez constatées. Vous pouvez juger la luminosité. Et même la qualité des voisins. Qui vous empêche de cogner à leurs portes pour voir si vous n’avez pas un bougon au-dessus de la tête ou une bande de fêtards ontariens qui ont loué sur Airbnb?

 

Avec l’achat d’un condo sur plan, c’est autre chose. Vous avez certes le loisir de modifier les plans selon vos besoins. Mais on tente d’abord de vous laminer le jugement avec de la publicité racoleuse. On vous présentera des maquettes splendides, du soleil qui inonde votre futur nid, parfaitement décoré.

 

Mais votre balcon pourrait donner sur des t-shirts de Marilyn Manson qui sèchent sur la corde à linge du voisin qui habite l’immeuble d’à côté. Et vous pourriez vous retrouver avec un lampadaire juste devant la fenêtre de votre chambre à coucher. Et je ne parle pas des voisins de palier, du syndicat de copropriétaires, des divergences dans la manière d’administrer l’immeuble ou des douchebags qui prennent d’assaut la terrasse sur le toit soir après soir (cette image n'apparaissait pas dans le dépliant de promotion).

 

Bref, dans le contexte de marché où la revente rapide de votre propriété vous fera perdre à coup sûr de l’argent, soyez prudent. Et sûr de votre affaire.